En mars 1997, quelques semaines avant la sortie de Old Before I Die, Robbie Williams posait pour le magazine Select sous l’objectif de Harry Borden. Entre portraits en studio, cigarette à la main, tenue rayée presque “Hopeium avant l’heure”, et un incroyable shooting improvisé dans le métro londonien au milieu d’inconnus, ces photos capturent un Robbie encore fragile, chaotique… mais déjà magnétique. Plusieurs de ces clichés sont rarement vus, voire inédits. Une séance fascinante, à un moment charnière de sa vie et de sa carrière.
En mars 1997, Robbie Williams n’est pas encore la superstar qu’il deviendra quelques mois plus tard.
Il n’a que 23 ans, vient de quitter Take That, et son avenir en solo reste encore totalement incertain.
À cette époque charnière, le chanteur pose pour le magazine Select dans le cadre d’un shooting réalisé par le photographe britannique Harry Borden, pour accompagner une interview signée Caitlin Moran. Le numéro est publié en Mai 1997, soit quelques semaines seulement après la sortie de Old Before I Die, le 14 avril 1997, son deuxième single solo après Freedom.
Aujourd’hui, ce shooting fascine plus que jamais. D’abord parce qu’il capture Robbie dans un état brut, instable, presque insaisissable. Ensuite parce qu’il contient plusieurs clichés rarement vus — voire totalement inédits — qui montrent un Robbie très différent de l’image ultra-maîtrisée qu’il adoptera plus tard.
Un Robbie entre fragilité, chaos et magnétisme
Harry Borden l’a raconté avec beaucoup de franchise : lorsqu’il photographie Robbie au début de 1997, le chanteur traverse une période compliquée.
Il n’a pas encore sorti Life thru a Lens, semble un peu perdu, et n’est pas dans les meilleures dispositions pour le shooting. Le photographe se souvient d’un Robbie peu loquace, parfois agité, quittant régulièrement la pièce avant de revenir surexcité, au point de monter la musique du studio à un volume assourdissant.
Et pourtant… même dans cet état désordonné, quelque chose saute immédiatement aux yeux : son charisme.
Borden le dit lui-même : Robbie était déjà incroyablement photogénique, avec “des yeux incroyables”, ce genre de visage qui donne naturellement de grandes images. C’est sans doute ce qui rend cette séance si captivante aujourd’hui : elle montre un artiste en plein flottement, mais déjà doté de cette présence magnétique que personne ne pouvait vraiment ignorer.
Le fameux “pyjama” rayé… déjà iconique
Parmi les détails les plus marquants de cette séance, impossible de ne pas évoquer la tenue portée par Robbie : une sorte d’ensemble rayé, entre costume déstructuré, pyjama excentrique et look de dandy borderline.
C’est une silhouette totalement 90s, un peu folle, un peu décadente… et absolument parfaite pour ce moment précis de sa carrière.
Difficile, en voyant ces images aujourd’hui, de ne pas penser à un clin d’œil involontaire au futur : ces rayures rappellent presque le fameux pyjama Hopeium, cette pièce devenue emblématique de la marque lancée par Robbie en 2025.
Comme si, près de trente ans avant Hopeium, Robbie en portait déjà l’esprit : un mélange d’élégance, d’ironie, de nonchalance et de théâtralité.
Ajoutez à cela une cigarette à la main, une attitude tantôt absente, tantôt électrique, et vous obtenez une série de photos à l’esthétique presque cinématographique — un Robbie à la fois glamour, cabossé et terriblement vivant.
Un shooting en studio… complètement déjanté
Le shooting commence dans un studio de Clerkenwell, dans le centre de Londres.
Officiellement, il s’agit simplement de réaliser des portraits pour Select. Mais d’après Harry Borden, l’ambiance est tout sauf classique.
Robbie saute, bouge, grimpe à une échelle, transforme la séance en moment quasi chaotique, pendant que son entourage regarde la scène avec une certaine inquiétude. Le photographe parle d’une séance “pas intime du tout”, mais plutôt d’un moment “un peu fou”.
Et c’est précisément ce qui rend ces images si fortes.
On n’est pas face à des portraits lisses ou soigneusement calibrés. On est face à un Robbie encore en construction, imprévisible, vulnérable, presque en roue libre — mais déjà capable de remplir l’image comme peu d’artistes savent le faire.
Le coup de génie : Robbie dans le métro londonien, au milieu d’inconnus
Mais le moment le plus incroyable de cette séance n’a pas eu lieu en studio.
Inspiré par les célèbres photos de James Dean par Dennis Stock, Harry Borden veut sortir Robbie d’un cadre contrôlé et le photographier dans un environnement anonyme, urbain, presque banal. Son idée : l’emmener dans le métro londonien.
Le management de Robbie est nerveux. Ils craignent qu’il soit reconnu, approché, voire submergé. Borden les rassure… sans leur révéler son véritable plan.
Il explique simplement qu’ils vont marcher jusqu’à Farringdon station pour faire quelques photos sur le quai ou dans le hall. En réalité, il veut une image bien plus audacieuse : Robbie Williams à bord d’un wagon du London Underground, au milieu des voyageurs.
Et là, tout devient presque légendaire.
Quand la rame arrive, Robbie et Harry Borden montent à la dernière seconde… juste avant la fermeture des portes. Toute l’équipe — attachés de presse, management, assistant — reste bloquée sur le quai. Eux partent seuls, direction King’s Cross, pour une séance improvisée à bord du train.
Le photographe n’a que quelques minutes. Il travaille vite, avec son appareil moyen format Fujifilm GW670, de la pellicule Kodak Tri-X et un trépied. Il déclenche une dizaine de vues.
Et personne, ou presque, ne réagit.
C’est peut-être ça, le plus fascinant : au milieu d’inconnus, Robbie semble à la fois totalement visible… et étrangement invisible. Une future superstar, déjà intensément charismatique, assise dans l’anonymat du quotidien londonien.
Une photo culte… presque impossible à refaire aujourd’hui
Harry Borden l’a reconnu lui-même :
une image comme celle-là serait aujourd’hui presque impossible à réaliser sans autorisations, logistique, voire figurants.
En 1997, tout s’est joué sur la rapidité, l’audace, l’instinct. Pas de mise en scène lourde, pas de production gigantesque : juste une idée, un photographe déterminé, un Robbie partant pour l’aventure… et quelques secondes de pure spontanéité.
C’est ce qui donne à cette photo en noir et blanc une force incroyable.
Elle n’est pas seulement belle : elle est vivante. On sent l’énergie du moment, l’improvisation, le risque, l’excitation. Borden dira même plus tard que cette image du métro est probablement la meilleure photo qu’il ait prise de Robbie.
Et ce n’est pas un détail anodin : ce cliché a été sélectionné pour l’exposition du John Kobal Photographic Portrait Award 1997.
Quelques mois plus tard, tout allait changer
Ce qui rend ce shooting encore plus émouvant, c’est qu’il a lieu juste avant le basculement.
Quelques mois après ces photos, Robbie sort Life thru a Lens. Sa carrière solo décolle. L’artiste que beaucoup observaient avec scepticisme devient peu à peu l’un des plus grands entertainers britanniques de sa génération.
Avec le recul, ces images ressemblent presque à un document historique :
les derniers instants d’incertitude avant l’explosion.
On y voit un Robbie encore fragile, encore instable, encore difficile à cerner — mais déjà doté de tout ce qui fera sa légende : l’allure, le regard, l’ironie, le chaos, la séduction, et cette capacité unique à transformer la moindre photo en image mémorable.
Un Robbie inédit… et terriblement fascinant
Ces clichés, pour beaucoup rarement vus, rappellent à quel point 1997 fut une année fondatrice.
Avant les tubes, avant les stades, avant l’icône pop absolue, il y avait ce jeune homme de 23 ans, cigarette à la main, vêtu de rayures improbables, oscillant entre désordre et génie instinctif.
Un Robbie encore insaisissable.
Un Robbie encore en chute libre… ou déjà en plein envol.
Et c’est sans doute pour cela que ces photos nous captivent autant aujourd’hui.



